Chercheur d’or

Certains travaillent en groupe. Ils se soutiennent, se tiennent compagnie, passent leurs soirées ensemble et partagent le fruit de leurs récoltes.
Je préfère rester seul. C’est plus dangereux mais c’est comme ça, c’est mon truc. Je ne le partage pas.
J’ai le goût de l’aventure, le goût du risque. J’aime ne pas savoir ce qui m’attend le lendemain. Pendant six mois de l’année, je pars loin de chez moi. Là où je vais, il est difficile de communiquer. Des déserts boisés, secs et arides. Pour avoir du réseau il faut escalader des buttes assez hautes. Personne ne s’y s’aventure par hasard. Il faut des connaissances et pas mal d’expérience.

Que faire face à un serpent taïpan ? Rien.

Le cric sous la voiture, j’enlève la roue qui vient de crever. Je suis épuisé de ces efforts.

Dans la partie incurvée de la carcasse, une veuve noire. Elle est reconnaissable par son trait rouge sur son dos. Elle est minuscule, moins de cinq millimètres, c’est un bébé mortel. Je suis chanceux. Elle aurait pu se faufiler dans mon camion, dans mon couchage. On ne tue pas ce genre de bête. Je récupère un long bâton sur le sol, le tend vers l’animal, elle change de support. Lentement, je m’éloigne du camion et d’un geste souple, je dépose le bout de bois au sol. Je reprends mon souffle. Je suis sauvé.

Sur la route, je me remémore ce moment qui me fait tout remettre en question.
Des expériences analogues, j’en ai vécues. Je sais qu’il faut du temps pour s’en relever. Pour de nouveau oublier ce sentiment de frayeur. Une fois c’était un feu de forêt, j’étais tellement excité par la richesse du terrain, ce que j’y trouvais. J’ai fait abstraction de la fumée que je voyais au loin. Jusqu’à ce qu’elle me rattrape. Je suis parti en urgence, le plus vite possible sur mes 4 roues. Sur cette terre sèche et craquelée.

C’était de la folie.

Mon travail c’est ma passion. Une manière de vivre, profiter des richesses qu’offre la nature.

Arrivé au Point B. Je commence la journée. Appareillage à la main, tête baissée, yeux rivés vers le sol.
Je marche. Je fais des tours en balayant chaque mètre carré. Impatient, j’attends le bruit de l’alarme. Un bruit sourd. Elle résonne. Je creuse avec la pelle, effrite la terre, passe et repasse la pelle sur le détecteur. Son plus fort. Quelque chose brille. L’objet du désir est dans ma main, il est frais. Plus petit que l’araignée de tout à l’heure. De forme irrégulière, plutôt lisse, doux au toucher.
Je le range précieusement dans une fiole.

Je continue. Le soleil est au zénith.


Le chercheur d’or

Fleurs fraiches glânées, plâtre, tissus, fiole d’or en paillettes, texte imprimé sur feuillet à emporter

villà, Villa Rohannec’h, Saint Brieuc

Avril 2018

Photographies : Virginie Barré, Bruno Peinado, Gilbert Bertrand